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Ça alors, ce n'était pas Ter mais Jupiter ! Les spéculations de mes compagnons fusent car cette révélation inattendue élargit le champ des possibles. Quelle est donc la réelle nature de ce monde dont je ne me rappelle toujours rien ? Les réflexions sont de courte durée, interrompues par de violentes secousses sous nos pieds. Mais que vois-je au loin, les prêtres-soldats ? Rapidement entouré par ces cavaliers et prestement enchainé, je suis contraint et forcé de me laisser emmener à Bas-Mesnil. La foule m'accueille comme un traitre et me conspue, m'accusant d'avoir provoqué le tremblement de terre et par là même, la destruction du bourg. Suis-je Mandor le prophète ou Mandor le destructeur ? Moi-même, je ne saurais le dire. En attendant, me voilà prisonnier du Bourdon, en attente de mon procès. Qui aurait cru que ma vie passerait, en quelques petites minutes, de la félicité au désespoir ? Alors que la nuit tombe, des visions étrangement familières affluent, ou devrais-je dire, des souvenirs ? Des gens qui me saluent, des machines, un couloir et un escalier qui s'étire, s'étire... Se pourrait-il que... ?
À la fin du premier tome, Rodolphe intriguait par un cliffhanger alléchant. Dans cette suite au suspense judicieusement dosé, l'intensité monte et la dimension de science-fiction prend de l'ampleur. La densification de l'intrigue se construit au travers de nombreux éclaircissements, pas forcément des plus originaux mais bien amenés grâce à une narration qui ne se disperse pas. Le ton se durcit, plus sombre et la tragédie s'infiltre, faisant des victimes. Fini de rire, les sourcils se froncent. Les alliances fondent face à l'inconnu effrayant et les priorités changent, l'accent est mis sur d'autres personnages. La thématique du fanatisme religieux n'est pas approfondie, servant clairement de prétexte à l'avancée de l'histoire. Donc, pas de polémique, l'objectif est de divertir, surprendre et émerveiller ; le contrat est de ce point de vue pleinement rempli.
Le style réaliste de Christophe Dubois possède un rendu toujours aussi impressionnant de finesse et minutie. Les perspectives sont parfaites et saisissantes, les visages en gros plans sont particulièrement expressifs. Le choix des couleurs est juste parfait avec des contrastes accentués et un jeu de lumières bluffant. Outre cette technique irréprochable (presque, les petits défauts anatomiques se raréfiant), le bestiaire s'enrichit, de nouveaux décors apparaissent (sous-terrains, vaisseaux spatiaux), la variété est au rendez-vous et le dépaysement garanti.
Les orages ont bien éclaté dans ce deuxième épisode magnifiquement illustré, le sérieux prend le dessus avec un fond qui s'étoffe et resserre les enjeux. Un drame loin d'être drôle s'annonce. Tous aux abris ! Par L. Moeneclaey